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Trouver des substituts à l’énergie fossile !

06 novembre 2009

« Alimentation, énergie, climat : le choc des cultures »

Proléa, plateforme de la filière française des huiles et protéines végétales, a organisé le 15 octobre à Paris un colloque sur le thème « alimentation, énergie, climat : le choc des cultures.» Les experts réunis ont notamment mis l’accent sur la nécessité d’intégrer une dimension de long terme dans les choix de politiques agricoles. Ainsi, Jean-Marc Moriceau, professeur d’histoire à l’Université de Caen et spécialiste des sociétés rurales, a souligné qu’au XVIIème siècle déjà, certains modes de productions agricoles étaient considérés comme destructeurs pour l’environnement. On opposait par exemple à l’époque les cultures à finalité industrielle comme le coton aux cultures à finalité alimentaire. Et de rappeler que de tout temps, l’agriculture vivrière pour assurer l’autosubsistance et les cultures de marché ont finalement coexisté. Compte tenu des grandes incertitudes sur l’évolution des besoins d’ici à 40 ans, alors que la planète comptera 9 milliards d’humains en 2050, Michel Griffon, directeur général adjoint de l’Agence nationale de la recherche, a mis l’accent sur la nécessité de ne pas opposer les cultures alimentaires et les cultures énergétiques. Elles sont « intimement » liées a-t-il insisté, puisqu’avec les déchets (tourteaux) des biocarburants on nourrit les animaux qui vont à leur tout nourrir les hommes.

Une question d’équilibre

« De fait, tout est question d’équilibre », a enchaîné Michèle Pappalardo, commissaire générale au Développement durable. La fonction « nourricière » de l’agriculture est indissociable des productions dites de « rente » comme celles destinées aux biocarburants. Et Sylvie Brunel, professeur à l’Université Paris IV, de rappeler que « derrière le slogan d’apparence généreuse -produire pour nourrir- se cache en réalité le combat des géants, comme les Etats-Unis, l’Union européenne ou le Brésil, pour s’accaparer les marchés.» La vraie question est de savoir « comment garantir un revenu au paysan au bout d’un cycle de culture », a-t-elle soutenu. Bernard Bigot, administrateur au Commissariat à l’énergie atomique, a observé qu’en raison de la raréfaction des ressources fossiles pour produire de l’énergie, il devenait essentiel de trouver des substitutifs comme l’éolien, le solaire ou encore les biocarburants.

Relever le défi sans conflit

Pour couper court à la polémique sur le conflit entre productions alimentaire et énergétique, Xavier Beulin, président de la Fédération nationale des producteurs d’oléagineux et de protéagineux, a suggéré la mise en place d’un système de contingentement au niveau européen sur les biocarburants de première génération. En tout cas, c’est essentiellement sur la biomasse que reposera l’objectif français de porter à 23% la part d’énergies renouvelables, selon Michèle Pappalardo. Et Bernard Bigot d’observer que « notre pays agricole et forestier dans lequel beaucoup de biomasse n’est pas valorisée doit pouvoir relever le défi énergétique sans conflit avec la production alimentaire.» En revanche, a-t-il ajouté, « faire de l’électricité à partir de la biomasse est stupide car le rendement est médiocre ; les biocarburants sont la meilleure manière de transformer la biomasse en énergie.»
Grand témoin de ce colloque en clôture, l’académicien Erik Orsenna a comparé les agriculteurs aux professeurs. « Les uns comme les autres portent toutes les espérances de la société mais paradoxalement sont aussi chargés de tous les maux », s’est-il exclamé. Revenant sur le lien entre productions alimentaires et énergétiques, il a estimé l’écartèlement entre les cultures « est totalement artificiel » car l’agriculture ne peut pas se développer sans progrès économique et création de valeur ajoutée. Et de conclure : « s’il n’y avait pas de culture de coton en Afrique, il n’y aurait pas non plus d’élevage. Cette culture de rente est le seul moyen d’accumuler du capital pour investir dans le développement agricole ».

La consommation d’énergie n’augmente plus en France

Avec 273,6 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), la consommation française d'énergie primaire est restée l’an dernier au même niveau que l’année précédente. De fait, la consommation d’énergie n’augmente plus en France depuis 2001. La consommation d'énergie finale, c'est-à-dire celle qui est achetée par les ménages et les entreprises, après transformation, transport et pertes, s’élève à 160 Mtep, niveau également stable depuis plusieurs années. Cette évolution, plutôt positive, est la conséquence des efforts engagés en matière d’économies d’énergie. De son côté, la production nationale d’énergie primaire, qui avait fléchi en 2007, se redresse à 137,1 Mtep. Ce rétablissement provient essentiellement des énergies renouvelables. Les quantités de biocarburants incorporés ont effectué un nouveau bond considérable à 2,1 Mtep, en ligne avec les engagements nationaux de taux d’incorporation dans l’essence et le gazole (5,75% en équivalent énergétique contre 3,5% en 2007). Dans l’ensemble, la production primaire d’énergies renouvelables atteint 19 Mtep, en progression de 12,7% par rapport à 2007, soit un record historique de hausse.

 

En savoir plus : www.lechocdescultures.com

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